Les Nouveaux bijoutiers

Seiko : avoir et savoir

seiko : avoir et savoir
Dans un monde horloger visuellement en mutation mais dont les marques restent structurellement attachées à la tradition, la manufacture Seiko fait figure d'outsider en choisissant de pratiquer ce que Hervé Laniez - Président de Seiko France - appelle une "immuable évolution". Rappel des faits.

Àl’occasion du salon « Les Montres », qui se déroulait sur la place Saint-Germain-des-Prés à Paris - autrement dit à quelques pas de la boutique Seiko, qui tient parfois lieu de show room -, certains membres actifs du forum Internet « Passion Horlogère » rencontraient une nouvelle fois les responsables français de la manufacture horlogère japonaise. Cette visite de courtoisie, tout à fait originale, était motivée par le désir des adhérents de toucher du doigt les calibres de la maison et d’en saisir les spécificités lors d’un démontage raisonné. Au-delà de la satisfaction d’avoir vu les entrailles des garde-temps, cette rencontre était l’occasion de formaliser une nouvelle sorte de communication qui, souhaitons-le, pourrait se généraliser. Elle permet de faire connaître les points forts et les avantages de la marque aux vendeurs dédiés et aux consommateurs collectionneurs. 

VOIR C’EST SAVOIR
Et tout est là. Car le seul regret que l’on puisse avoir avec cette maison fascinante tient au fait qu’elle n’ait pas l’aura qu’elle mérite. Dans un univers où la concurrence est acharnée, seuls quelques titres spécialisés en horlogerie font la part belle à cette société, dont la vraie force est de toujours être en avance de cinq à dix ans sur son temps. Récemment, seul l’Express hors série Montres, dont les articles non signés semblent l’oeuvre d’anonymes, a rappelé que cette entreprise surpuissante était capable de produire la totalité de ses composants, des spiraux aux verres saphirs, en passant par les aiguilles ou les calibres. En revanche, ces journalistes, apparemment bien renseignés, n’ont pas souligné que cette année, la marque TAG Heuer s’était fait épingler par des sites en ligne pour avoir présenté un calibre de chronographe qu’elle faisait passer pour avoir été développé par ses bureaux d’études, alors qu’elle en avait acheté les plans chez Seiko. Cette information, que certains considèrent comme peu « politiquement correcte », demeure intéressante car elle prouve qu’aux yeux des chefs d’ateliers de TAG Heuer, il semble préférable d’acheter un calibre japonais plutôt qu’un mouvement suisse. Présentée de cette façon, l’information a de quoi faire frémir de rage certains pontes et faire trembler l’establishment. Pourquoi donc? Le calibre Seiko serait-il plus robuste, plus précis ou moins cher à l’achat ? S’il est impossible de connaître les vraies motivations qui ont poussé le groupe LVMH à jeter un tel pavé dans la mare horlogère, il demeure que les instruments Seiko en circulation et datant des années 70 ou 80 sont dans un état souvent irréprochable. Un horloger disait, lors de la convention des collectionneurs du 6 novembre qui se réunissaient dans les bâtiments des compagnons du Devoir à Paris, que la manufacture japonaise avait une façon très particulière de concevoir ses mécanismes. Et que bien des développements innovants en matière d’exploitation horlogère avaient été récemment repris par certaines enseignes et notamment, celles du groupe Richemont. Il disait que le système de remontage automatique par levier existait déjà dans le calibre de chronographe automatique présenté par les Japonais en 1969. Mais ce n’était pas tout. Le mécanisme de mise en route des fonctions de chronographe, appelé « embrayage vertical », présenté comme innovant par les horlogers suisses ces dernières années, est employé depuis des lustres par les horlogers du pays du soleil  levant. Et qu’on se le tienne pour dit : à écouter les spécialistes, à lire les articles des journalistes, il apparaît que seul Seiko est parvenu à produire une avancée significative dans le métier. 

LA FORCE DE LA DIFFÉRENCE
Au-delà de la présentation en 1969 de l’Astron, la première montre à quartz commerciale (dont on fêtait cette année le 40e anniversaire du premier garde-temps à  cran LCD), Seiko a également réalisé des prouesses en matière de mouvement mixte. Autrement dit, de calibre hybride associant le quartz à un agencement mécanique des affichages. Aussi, dans les années 90, le Kinetic japonais a-t-il enterré l’autoquartz suisse (qui fait incidemment un petit « come-back » chez Hamilton). Il fonctionne à merveille, pour la plus grande satisfaction du public, depuis plus d’une décennie. Le Spring Drive présenté en Europe, il y a tout juste cinq ans, est lui aussi une vraie révolution qui ne devrait pas rester silencieuse. Ce développement, dont le prix reste élevé (compter entre 3000 et 6000 euros pour une montre Seiko Spring Drive), est toutefois bien plus engageant que l’hypothétique Pendulum de TAG Heuer, un système magnético mécanique dont la proximité avec celui de Seiko pourrait laisser soupçonner la marque suisse d’avoir envie de « challenger » le japonais dans le secteur des nouvelles technologies appliquées à l’horlogerie. Mais comme le dit Vincent Daveau, rencontré récemment lors de la présentation du calibre Pequignet au Salon « Les Montres » : « il sera difficile de faire mieux que le Spring Drive ». Pour lui, il s’agit d’une invention à mettre en parallèle avec le spiral créé par le mathématicien Christian Huygens en 1675. Ce mécanisme, dont il est fier d’arborer un exemplaire au poignet est, selon ses propres termes, « l’association réussie du meilleur du quartz et de la mécanique ». Au-delà des apparences, cette marque passablement silencieuse, capable de développements extraordinaires et de mises au point en avance sur l’histoire du temps, mérite d’avoir un nombre considérable de passionnés. Elle possède déjà une adresse parisienne : Seiko Center, rue Bonaparte dans le VIe arrondissement. Là, les responsables, captivés par leur métier et les collections à leur disposition, se font un plaisir d’expliquer toutes les qualités et tous les avantages de ces pièces dotées de designs puissants ou classiques, de calibres d’exception prêts à passer à la postérité. Comme c’est le cas de la toute nouvelle collection Credor extra-plate, mise en vitrine lors de notre récente visite. 

Joël Luciani 

www.orionmagazine.fr
Posté le : 28-01-2011

La vogue des bijoux “verts”

la vogue des bijoux “verts”
Un certain nombre de marques de bijouterie et joaillerie, soucieuses de préserver l'environnement et les ressources de la terre, se sont penchées sur les moyens de proposer une bijouterie "verte". C'est le cas des français Gay Frères, Solyfonte ou April, comme de l'italien Ecojewel. En bijouterie fantaisie, les initiatives sont plus nombreuses encore et chaque jour, de nouvelles se font jour.

D’après une étude de la société américaine Image Power Green Brands, 50 % des Américains sont sensibles à la nécessité de protéger l’environnement. Aux USA, en France, en Angleterre et en Allemagne, 30 à 40 % de la population prévoit de dépenser davantage pour des produits « verts » cette année. Au Brésil, en Chine et en Inde, le chiffre atteint 70 %. L’étude montre cependant que le prix de ces produits reste une préoccupation et qu’ils doivent rester abordables. C’est pourquoi les entreprises qui ont décidé de proposer une bijouterie écologique et éthique ont pris le temps d’étudier les alternatives qu’elles pourraient proposer au consommateur et les moyens de production.

GAY FRÈRES
La société Gay Frères vient d’annoncer qu’elle est la première à être certifiée par le Responsible Jewellery Council, dont elle est membre. Le Responsible Jewellery Council est une organisation internationale à but non lucratif regroupant plus de 240 sociétés qui se sont engagées à la promotion d’une éthique responsable, des droits de l’homme, des pratiques sociales et environnementales de façon transparente et responsable partout dans l’industrie du bijou, de la mine jusqu’à la vente du produit fini. Leur engagement aspire à renforcer la confiance du consommateur et des acteurs du monde du diamant, de la bijouterie d’or et de platine. Gay Frères a reçu un certificat dont le numéro est symbolique : n° 0000 0001. L’audit portait sur 351 critères et a été conduit par la société STR, auditeurs tiers accrédités par le RJC. Cette performance est un gage de confiance et l’assurance que Gay Frères respecte des valeurs éthiques, environnementales, ainsi que des valeurs humaines et  sociales dans toutes ses activités. Matt Runci, président du RJC a félicité la société Gay Frères, la première au monde à avoir réussi avec succès les épreuves de certification. D’autres sociétés membres du Responsible Jewellery Council devraient obtenir leur certificat dans les mois à venir. Fondée en 1835 par Jean-Pierre Gay et Garpard Tissot, la société Gay Frères fabrique et distribue aujourd’hui des bijoux précieux, alors qu’elle a d’abord été reconnue pour ses chaînes et qu’elle fournissait les plus grands horlogers suisses au début du XXe siècle. Elle emploie 300 personnes et produit un millier de pièces par jour. Son outil de production associe savoir-faire artisanal et technologies de pointe, telles que la CAO ou le laser. La maison-mère est basée à Annemasse avec des sites de production à Annemasse, Lyon, l’île Maurice et Hanoï. Gay Frères fournit aussi bien des marques de la place Vendôme que de la grande distribution, sans oublier le réseau HBJO. Si l’entreprise a souhaité obtenir la certification RJC, c’est qu’elle était déjà tournée depuis des années vers la protection de l’environnement: les matériaux sont recyclés à chaque fois que c’est possible, les produits chimiques sont neutralisés par des sociétés spécialisées, les eaux usées sont récupérées dans la station de traitement des eaux. 

SOLYFONTE 
Autre initiative dans ce sens, celle de la société lyonnaise Solyfonte, fondeur en métaux précieux (or, platine, argent et bronze) pour la bijouterie et joaillerie, également fondeur de précision pour les métiers d’art. La société Solyfonte innove en proposant des fontes platine 950 °/°° et Pure Platine 999 °/°° plus respectueuses de l’environnement et des conditions de travail. Tous les fondeurs qui travaillent le platine utilisent l’acide fluorhydrique car lors du procédé de fonte, le revêtement en silice (plâtre), utilisé pour la coulée du métal en fusion, se transforme partiellement en verre au contact de celui-ci (en effet, le métal doit être coulé tellement chaud qu’il dépasse la température de transformation de la silice (le plâtre est une sorte de poussière de sable) en verre. Le problème est que ces particules de verre adhèrent à la surface du métal et sont quasiment impossibles à enlever sans endommager la pièce. L’acide fluorhydrique est le seul acide qui arrive à fondre le verre, mais n’endommage pas le platine. Donc les fondeurs plongent les pièces dans cet acide pour dissoudre les particules de verre. Le problème de cet acide est double : – très dangereux à manipuler : l’acide fluorhydrique, en cas de contact, traverse les tissus et dissout le calcium des os, il empoisonne le sang et cause des dégâts physiologiques irréversibles. – il est extrêmement polluant, même pour le retraiter et peut causer des dégâts irrémédiables à l’environnement. Solyfonte s’est attelé ces dernières années à trouver une solution technique afin de proposer une fonte platine sans danger et plus respectueuse de l’environnement. Ne voyant pas cette technique  arriver, l’entreprise a mis en place en interne des tests afin de comprendre comment faire totalement disparaître ces particules de verre, de manière plus écologique et sans danger. Elle a mis au point un appareil dont elle garde le fonctionnement secret. La plus grande partie de l’aspect polluant et dangereux est supprimé. Le résultat est parfait, le verre n’y résiste pas et la technique est sans aucun danger. L’équipe de Solyfonte n’a pas voulu en rester là. Pour elle, le platine est un métal d’une grande pureté, elle s’est donc posé la question de pourquoi vouloir l’allier à tout prix et a essayé de le fondre dans sa forme la plus pure 999°/°°. Le résultat est exceptionnel par sa blancheur et son éclat. Depuis avril 2010, Solyfonte propose la fonte platine “verte” en 950°/°° et en 999°/°°. La demande des clients pour ce produit de haute qualité et technologie ne cesse de croître… 

APRIL
En avril dernier, est née la marque April by MG Paris, une nouvelle marque responsable qui bouleverse les codes de la joaillerie fine en créant des bijoux français, éthiques et écologiques pour les mamans et les enfants. April a fait le choix d’utiliser des métaux précieux issus du recyclage ou de communautés minières  artisanales responsables produisant de l’or équitable. L’or équitable est produit par l’artisanat minier selon des standards définis par l’Alliance pour la Mine Responsable. L’industrie minière est en effet une des industries les plus polluantes. En ne traitant que des métaux 100 % recyclés, April contribue activement à la réduction de l’empreinte environnementale d’un secteur en pleine mutation. April s’engage aux côtés de l’Association ARM (Association for Responsible Mining) pour proposer un or éthique extrait dans le strict respect de l’homme et de la nature. L’or « responsable » favorise le respect de pratiques environnementales et socialement responsables à travers un système de certification rigoureux des procédés d’extraction apportant ainsi une valeur ajoutée à la transformation des métaux précieux des bijoux April. De même, April fabrique ses bijoux à partir d’un argent manganèse fin recyclé titré à 995/1000°. L’argent manganèse est un argent de luxe.  Cet argent fin haut de gamme plus blanc est plus riche en argent que l’argent 925. Il ne s’oxyde pas grâce uu peu d’alliage complémentaire et ne nécessite donc pas de traitement au rhodium. Les chaînes, quant à elles, sont en argent 725/1000e et ont reçu un traitement de passivation. April poursuit son cheminement dans l’éco conception d’une joaillerie moderne et présente la première collection éthique de bijoux ornés de pierres de couleur. La jeune marque se met aux pierres précieuses, ont la traçabilité est contrôlée. En effet, April a fait le choix d’utiliser des pierres en provenance de communautés artisanales responsables, appliquant les principes de développement durable à l’extraction minière. Les diamants et les pierres précieuses respectent le processus de Kimberley, ils ne financent pas les mouvements rebelles ou les activités militaires, il est interdit de faire travailler les enfants dans les mines et les horaires de travail sont plus décents. La participation d’April pour le respect de l’éthique, c’est aussi donner une partie de son bénéfice à des ONG ou des associations caritatives. Dans le souci de réduire l’empreinte écologique, April utilise aussi un papier et un carton recyclé d’origine certifiée, facteurs importants de différenciation. Les coussins et aumônières dans lesquelles sont présentés les bijoux à l’intérieur des coffrets sont en lin bio. La ouatine à l’intérieur du coussin est en coton bio. Le bilan carbone est au coeur des préoccupations d’April. Les bijoux sont fabriqués en France, réduisant ainsi l’ensemble des émissions de CO2 et autres polluants dus au transport. Le recours à une fabrication française contribue également à l’emploi et à la pérennisation de traditions et savoirfaire ancestraux. April fabrique ses bijoux dans l’un des rares ateliers en France à pouvoir garantir la traçabilité de l’or responsable et de l’argent manganèse 995/1000 recyclé. 

ECOJEWEL
De l’autre côté des Alpes, la création de la marque Ecojewel a été motivée par le respect des matières premières, l’attention portée à leur diversité et à leur origine, leurs caractéristiques et leur histoire. La société italienne Osano srl, basée à Milan, a été fondée en 2007 par Luca Ghelardi Tarducci, dont la famille est depuis trois générations dans le secteur de la bijouterie. Le premier projet de la société a été de créer la marque Ecojewel. Luca Ghelardi Tarducci explique qu’elle connaît les sacrifices faits par la terre pour fournir les matières précieuses dont nous avons besoin en joaillerie. Ecojewel se veut une marque de bijouterie soucieuse du développement durable. Ses produits sont fabriqués en Italie avec le plus grand respect de l’homme et de l’environnement, en utilisant des matières précieuses recyclées (or et argent récupérés chez les fabricants de bijoux) et pierres écologiques (pierres synthétiques produites en Suisse avec les mêmes caractéristiques physiques et chimiques que les pierres naturelles). Du papier recyclé est utilisé pour emballer les bijoux, pour la documentation publicitaire et les  dossiers de presse. La marque Ecojewel affirme que ses activités n’ont aucun impact sur l’environnement. Elle compense sa consommation d’énergie par des programmes  de reforestation en Italie et au Costa Rica.

JEWELMER
En Asie, la tradition joaillière se fonde sur un savoir-faire de haut niveau et sur le respect des joyaux de la nature. Le défi consiste à donner de la valeur aux produits de l’environnement. Si le prix de la perle gold est plus élevé que celui de ses cousines polynésiennes ou japonaises, c’est parce que sa culture nécessite un processus complexe dans une nature parfaitement préservée. Ce n’est pas par hasard que le président de la République des Philippines, Fidel V. Ramons, a déclaré officiellement en 1996 la perle des Philippines, connue sous le nom de perle des mers du sud, comme trésor national. Ce n’est pas pour rien qu’elle est considérée comme un véritable miracle de la nature et que sa couleur fascine tant, au point que ceux qui la voient pour la première fois ont tendance à penser qu’elle n’est pas naturelle. Pourtant, le seul traitement nécessaire à cette gemme, une fois extraite de sa coquille, est un lavage à l’eau de mer. Aux Philippines, Jewelmer a mis dix ans à obtenir de manière régulière des perles d’un jaune puissant, fruit de l’expérimentation des chercheurs et du savoir-faire des greffeurs. L’autre grande difficulté est de récolter une gemme parfaitement ronde et sans aspérités. Tellement de facteurs peuvent entrer en ligne de compte pendant la croissance de la nacre autour du noyau que la découverte d’une perle ronde relève du cadeau de remerciement que fait la Nature aux hommes qui prennent soin d’elle. « Au gré des sels minéraux, de la salinité, du plancton ou de la nature de l’eau, un même banc d’huîtres peut déployer un très large éventail de couleurs », explique Jacques Branellec, fondateur de Jewelmer, dans son livre autobiographique paru en 2004 et intitulé « L’ultime orient ». En 1979, il a près de trente ans lorsqu’il fonde aux Philippines la société Jewelmer International Corporation avec Manuel Cojuangco. Après avoir choisi où implanter la première ferme perlière en fonction de sa situation géographique et des fonds marins, il fait appel à 2000 plongeurs qui collectent pendant plus de trois mois les milliers d’huîtres nécessaires au démarrage de l’exploitation de Bugsuk, une île sauvage au sud de Palawan. Une fois greffées selon une technique mise au point par les Japonais au début du XXe siècle et que le Breton est allé lui-même étudier au Pays du Soleil Levant, les huîtres sont remises à l’eau dans des paniers placés à au moins dix mètres de profondeur et qui les protègent des prédateurs. Pendant les deux à trois ans nécessaires à la croissance de la perle, les huîtres sont tournées chaque jour pour assurer la rondeur de la gemme et les paniers sont nettoyés tous les mois. Un travail ingrat, réalisé en pleine mer et par tous les temps. De plus, il faut se défendre contre les contrebandiers et lutter contre la pratique répandue de la pêche à la dynamite et au cyanure, extrêmement destructrice pour l’environnement. Pour la perliculture, la qualité de l’eau doit être absolue et l’écosystème doit pouvoir maintenir son équilibre. Pour éviter qu’une monoculture intensive n’appauvrisse le milieu marin, Jewelmer décide de s’implanter sur de nouveaux sites et surtout, de se lancer dans une aventure inédite : la reproduction des huîtres en écloserie. Il faudra six ans pour obtenir la première récolte, au prix d’un processus d’une grande complexité et qui demande aux équipes une vigilance de tous les instants. Jacques Branellec explique qu’il faut 323 opérations pour créer une perle et qu’il suffit que l’une de ces étapes soit moyenne pour nuire à la perfection de la perle. « L’ouverture de l’écloserie et des différents sites de production nous conforte dans notre politique écologiste. Nous avons été les premiers à nous mobiliser contre la pêche à la dynamite et au cyanure. Nous constatons, en outre, que nous multiplions la biodiversité et réensemençons des régions entières. Nous produisons annuellement bien plus d’huîtres que nous n’en avons prélevées dans la mer une douzaine d’années durant. Et dans les baies où l’on s’installe, le peuplement des poissons se trouve multiplié par cinq ou six », raconte Jacques Branellec dans son livre. Barthelemy Hatt, responsable du marché français pour la société Jewelmer, fait remarquer que « c’est ainsi que des perles jaunes peuvent devenir vertes ». Il annonce aussi qu’après une visite de représentants de la Fédération nationale HBJO dans les fermes de Jewelmer aux Philippines, ceux-ci ont décidé de financer la mise en place d’eau potable sur l’une des îles de Palawan, grâce à la collecte des piles usagées organisée dans les bijouteries. 

CRUSELITA
Nombreuses sont les jeunes marques d’accessoires et les sites Web qui fleurissent autour d’engagements éthiques et environnementaux. Mix de cultures et d’imaginaires, synergie entre créateurs et artisans, Cruselita propose des collections de bijoux et d’accessoires éthiques. Issue de matière naturelle ou recyclée, chaque pièce est unique et entièrement réalisée à la main. Amoureux de l’artisanat, les fondateurs Emeric et Karine ont réuni leurs envies et leurs engagements pour créer une marque d’accessoires créative et intemporelle, riche de multiples savoir-faire. Ils l’ont baptisée Cruselita, qui signifie petite croix en espagnol. Cruselita participe au développement économique et social des artisans en transformant localement les matières premières dans le respect de l’environnement. La marque travaille depuis cinq ans avec des groupes d’artisans à Madagascar et au Niger. Différentes collections sont proposées : une gamme de bijoux en coton finement crocheté, des parures en cornes de zébu, des emballages métalliques recyclés et transformés en bijoux, etc. Même les présentoirs sont réalisés à partir de barils de pétrole recyclés par un atelier qui emploie plus de 400 personnes particulièrement défavorisées à Madagascar. 

L’ATELIER DES DAMES 
Caroline Manuel a créé L’atelier des Dames. La jeune française a eu l’idée de faire des bijoux à partir d’écailles de poisson collectées par les femmes de pêcheurs au Brésil et traitées de manière naturelle. En effet, L’atelier des Dames se décline par son côté écologique associé à ses valeurs éthiques en favorisant le développement de la collectivité d’artisans de Cabo Frio, au Brésil. L’atelier des Dames souhaite montrer une image différente du commerce équitable. Il s’agit de "contribuer au développement de l’activité brésilienne, tout en s’accordant avec les tendances et exigences de la mode occidentale." "Permettre aux artisanes de Cabo Frio de vivre dignement et durablement de leur travail" constitue l’un des engagements de l’atelier des Dames; dans le respect de la charte de La Plateforme pour le Commerce Équitable (PFCE). L’atelier des Dames crée ses bijoux en France et les fait produire au Brésil. Les femmes de pêcheurs de Cabo Frio récupèrent les écailles de poisson et les travaillent selon un procédé unique pour créer des bijoux.

KARUNI
Le site Karuni propose des bijoux ethniques, éthiques, chics, touaregs et africains en argent, bois d’ébène et pierres fines, des accessoires de mode et décoration d’inspiration artisanat ethnique, revisités dans un esprit design pour les tenues urbaines. Les lignes sont actuelles, alliant beauté des matières et prix très sages, des créateurs, artisans et fabricants passionnés et attachés à la qualité de leurs productions dans une volonté de commerce équitable. Le mot Karuni vient d’une racine hindi - karuna - qui signifie l’empathie, l’équité, l’égalité des hommes devant l’art, intemporel et universel. La passion des bijoux, de la décoration et des voyages a conduit naturellement les fondateurs du site à rencontrer les artisans et créateurs de tous les pays. De leurs périples, ils ont retenu les objets les plus représentatifs mais surtout les plus beaux de chaque région visitée et qui s’associent parfaitement à nos tenues et nos intérieurs occidentaux tout en conservant leur âme. Ils ont également travaillé avec les artisans à revisiter certains bijoux, qui sont des créations contemporaines d’inspiration, toujours dans l’esprit ethnique. L’argent utilisé est de l’argent massif pour tous les bijoux touareg, sans ajout d’autre métal, ce qui permet un travail fin des gravures notamment. Pour certains bijoux de Mauritanie, de l’argent 800 est utilisé car il permet de renforcer la solidité du bijou. Tous les bijoux et articles sont minutieusement examinés à leur arrivée et les responsables de Kanuri pensent que artisanat peut rimer avec excellence partout dans le monde. Excellence dans le choix des matières premières, excellence dans la transformation des matériaux. 

MICHAEL MICHAUD
Michael Michaud, la boutique de créateurs éthiques, est aussi désormais en ligne. Ouverte en septembre 2009 par les fondateurs de l’Hôtel Bohême (ventes éphémères de créateurs éthiques), cette petite boutique parisienne de la rue Saint-Denis met l’accent sur le faitmain et valorise l’éco-conception. Les créateurs, locaux ou lointains, ont été découverts lors de pérégrinations écolo-chic aux quatre coins du monde. Ils se renouvellent au gré des saisons, tout en restant dans la tendance d’un certain art de vivre du consomm’acteur bobo décontracté, le genre qui ne se prive pas d’aller faire les soldes à New York mais compense ses émissions carbone… Pour ce client-là, Caroline et Matéo défrichent des créations un brin avant-gardistes, à acheter sans arrière-pensée : ils connaissent tous les créateurs, leurs modes et lieux de production. Les créateurs qui font leur entrée à la boutique Michael Michaud sont aussi désormais dans la boutique en ligne: www.michael-michaud.fr: – Bjørg, des joyaux venus du froid, et une créatrice norvégienne dont on n’a pas fini d’entendre parler, avec sa joaillerie glam’rock très visuelle. Son univers s’inspire du cinéma, mélangeant répliques-cultes et symboles de films : les ossements de « King-Kong », le bestiaire de « Alice au Pays des Merveilles », ou les trésors marins décadents de « Pirates des Caraïbes ». – Michael Michaud, bijoux inspirés de la nature, fabriqués à New York. De la très belle fantaisie en perles d’eau douce, bronze et argent, qui rend plus vraies que nature les plantes de nos jardins : colliers de Myrtilles en corail ou boucles d’oreilles « Framboises » en grenats. – Minicyn, la dernière belle découverte "internet" des fondateurs! Minicyn vient de Nouvelle-Zélande mais c’est dorénavant à Paris qu’elle officie. Ses délicats bijoux en argent, produits de sa main en toutes petites séries, laissent l’eau à la bouche et l’oeil rêveur… 

GONTIÉ
La maison parisienne Gontié s’est aussi lancée dans la bijouterie « green » avec une initiative originale, en partenariat avec Coca-Cola: la première collection de bijoux fantaisie façonnés à partir du verre recyclé de bouteilles de la boisson gazeuse la plus célèbre au monde. Ces bijoux recyclés Coca-Cola sont composés de perles de verre et chaque perle de verre provient d’une bouteille recyclée. La collection Coca-Cola by Gontié Paris comprend 106 modèles (boucles d’oreilles, bracelets, colliers et accessoires) représentant 10000 bouteilles de 25 cl recyclées, soit près de deux tonnes de verre. De surcroît, la marque met l’accent sur son engagement pour l’environnement et annonce qu’elle va planter un arbre pour chaque pièce vendue. Une initiative parfaitement verte et une collection qui se veut donc écologique. 

C.L.

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Posté le : 28-01-2011

Tendances fantaisie automne-hiver 2010/2011

au bout des rêves s.n. bague satellite : explosion flamboyante de strass swarovski rouge et améthyste.
Avec des photographies de Jean-Jacques Humphrey, la chambre syndicale Boci illustre les tendances en bijouterie fantaisie automne-hiver 2010/2011 à travers quatre thèmes : Arty Chic, Dandy Rock, Luxe Nomade, Blanc Givré.

ARTY CHIC
C’est une explosion de couleurs et de formes qui caractérise la femme Arty Chic. Festif et provocant, son style très « graphique » mixe art contemporain et matières nouvelles. Vinyle, denim et plastique sont en bonne place dans sa garde-robe, aux côtés de bijoux sculpturaux, à base de compressions, de motifs géométriques, de découpes et de « récup ». 

DANDY ROCK
D’inspiration baroque, la femme Dandy Rock flirte avec l’insolente féminité d’un chic néogothique conjugué à un style androgyne. Évoluant dans un univers sombre et décalé, elle se plaît à faire voisiner de sensuelles dentelles et résilles avec des cuirs et clous très masculins. Tout naturellement, elle se tourne vers des pièces de bijouterie telles que des colliers « collerette », d’imposantes chaînes, des parures métalliques et ciselées.

LUXE NOMADE
C’est l’univers des steppes et de la taïga qui emporte cette femme au Luxe Nomade… Monde aux teintes de safran et de terre de Sienne, monde sauvage et fascinant, monde de la tradition et du savoir-faire. Ses bijoux riches et très ouvragés, mêlant les cuirs, les fourrures et les éléments de passementerie, font d’elle une femme authentique et audacieuse.

BLANC GIVRÉ
Pureté des teintes et pureté des lignes dominent l’univers Blanc Givré. L’ambiance féerique de ce monde de glace et de neige donne une allure à la fois moderne et infiniment gracieuse. De longs manteaux aux formes fluides révèlent des robes courtes aux reflets argentés et aux matières évanescentes. Cette femme complétera sestenues par des bijoux de perles, de nacre, d’argent et de cristal, dans des formes aériennes et douces. 

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Posté le : 28-01-2011

Les mutations de la planète joaillière (1ère partie)

les mutations de la planète joaillière (1ère partie)
En 25 ans, voire un peu plus, le monde de la joaillerie, et tout particulièrement celui de la haute joaillerie, a subi une complète révolution. Nous avons identifié environ 30 bouleversements - certains majeurs et d'autres mineurs -, et nous ne prétendons pas être exhaustifs... Voici quelques-unes de ces mutations.

Cette étude sur les mutations de la planète joaillière a fait l’objet d’une conférence présentée aux visiteurs du Salon International de la Bijouterie de Hong Kong, en mars dernier. Depuis, d’autres tendances sont apparues ou se sont accentuées. Nous vous présentons dans cette édition les premières d’entre elles. 

DES AFFAIRES DE FAMILLE AUX MULTINATIONALES DU LUXE
Il y a trente ans, à l’exception de Cartier peut-être, toutes les grandes joailleries étaient des affaires familiales et ce, depuis des siècles pour certaines. La création de Mellerio dits Meller remonte au XVIIe siècle, sous le règne des Médicis et Chaumet, à l’époque napoléonienne. Aucun des grands noms de la place Vendôme, à l’exception de Buccelati et Repossi, n’est resté propriété des familles originelles. Le gâteau se partage entre LVMH, François Pinault (PPR), le groupe Swatch et Richemont. 

MOINS DE GROS CAILLOUX ET PLUS DE BIJOUX PLACE VENDÔME
Dans les années 80, il existait ce que l’on appelait la haute joaillerie de France, qui regroupait Van Cleef et Arpels, Boucheron, Chaumet, Mauboussin, Mellerio dits Meller. La bande des cinq exposait à la Biennale des Antiquaires sous la verrière du Grand Palais et était fière d’offrir aux regards des visiteurs des diamants, rubis, émeraudes à couper le souffle. Je me souviens d’une parure chez Chaumet avec des diamants de 30 carats et plus. Aujourd’hui, on voit rarement dans les vitrines de très grosses pierres mais plutôt de plus en plus de bijoux « prêts-à-porter ». Les temps changent, « Shift happens ». 

LES COUTURIERS ET LES HORLOGERS ENVAHISSENT LA « PLACE »
Il y a douze ans, Chanel, qui proposait déjà des bijoux fantaisie, décida de mettre un pied dans la haute joaillerie. Chanel le fit avec panache, en ouvrant au 12 place Vendôme la plus luxueuse des boutiques de la Place. Le ton était donné, la place mythique allait s’ouvrir à d’autres marques venues de la mode mais aussi de l’horlogerie : Patek Philippe, Breguet, Dior et même Swatch. Ce n’est pas fini, De Beers devrait ouvrir avant l’automne, à moins que l’annonce ne soit un leurre et que le lieu soit finalement occupé par Louis Vuitton, qui vient de lancer deux collections de haute joaillerie. À suivre. 

LA MODE S’EN MÊLE
Depuis une quinzaine d’années, il ne se passe pas un mois sans que l’on apprenne que telle maison de couture lance sa ligne de bijoux. Dans le désordre : Dior, Chanel, Versace, Armani, Gucci, Dolce & Gabbana, Guess et même la marque Elle, comme le magazine. Mode et parure font bon ménage. 

LA JOAILLERIE AU RYTHME DES COLLECTIONS
Je me souviens d’un temps où les grandes maisons lançaient de nouvelles collections tous les deux ou trois ans dans le meilleur des cas. En fait, en guise de collections, c’étaient seulement quelques pièces nouvelles. Aujourd’hui, le rythme s’est considérablement accéléré, et comme pour la haute couture, les joailliers présentent de nouveaux thèmes pratiquement deux fois par an. Il y a des moments plus propices que d’autres à savoir, une date anniversaire, un partenariat comme le Festival de Cannes ou les Oscars, l’ouverture d’une nouvelle boutique et bien sûr, les collections printemps étéou automne hiver. Cette multiplication des nouveautés est la résultante d’une course effrénée à la recherche d’une visibilité dans les médias (presse people, magazines féminins, télévision, buzz sur le net…). 

SANS ÉGÉRIE, POINT DE SALUT
Rendons hommage à la maison Rolex qui a été, avec le succès que l’on connaît, précurseur en la matière en lançant, voilà 40 ans, les premières campagnes utilisant des personnalités dans les pages de publicité. On ne peut plus ouvrir un journal ou un magazine sans voir Monica Bellucci parée en Cartier, Sophie Marceau en Chaumet, Nicole Kidman d’abord en Chanel, puis avec une Omega. Sans compter un nombre astronomique de stars en Chopard à Cannes gravissant le tapis rouge, ou des personnalités de premier plan -Gorbatchev, Catherine Deneuve, Sean Conneryqui ne voyagent pas sans leurs bagages Vuitton. Cette pipolisation du métier n’a rien d’étonnant quand on sait que, d’après une étude aux USA, l’acte d’achat de tel ou tel produit est conditionné dans deux cas sur trois par le fait que l’article a été vu porté par une personnalité à forte couverture médiatique (séries de télévision, talkshow, presse people, films, festival…). Notons au passage le succès du Kelly et du Birkin pour les sacs Hermès. Merci Mesdames. 

À LA RECHERCHE DE L’IDENTITÉ QUI FAIT TILT 
« Dis-moi ce que tu portes, je te dirai qui tu es ». Ceci est devenu un cliché, à un point tel que certains grands couturiers ont cousu leurs étiquettes dans le dos du vêtement et non plus dans le col. Les acheteurs sont devenus des hommes et femmes sandwich et les marques se frottent les mains. Aux Etats-Unis, les accros du style Chanel ont même été surnommées « Chain Gang » à cause de la fameuse chaîne du sac matelassé ou de la ceinture. Pour les bijoux, le défi que doit relever le créateur est la petitesse de l’objet. Il n’en reste pas moins que pour devenir un Best-seller, il est indispensable d’être reconnaissable. Citons quelques réussites joaillières : le Bi de Dinh Van, les liens de Chaumet, le Camélia de Chanel, le muguet de Dior, la bague Trinity et la collection Love de Cartier, bien sûr les Happy Diamonds de Chopard, qui ont rendu la marque plus qu’heureuse, le Tubogas et les B zero1 de Bulgari… et j’en passe. 

Didier Brodbeck
(À SUIVRE)

www.orionmagazine.fr 
Posté le : 28-01-2011

Le retour gagnant de Majorica

le retour gagnant de majorica
Après avoir disparu du marché français depuis 2001, les perles de Majorica ont réinvesti l'hexagone au mois de septembre avec une présence remarquée sur le salon Eclat de Mode. 120 ans après la création de la société, la formule fait encore recette et encourage Majorica à poursuivre son offensive de charme auprès des professionnels en exposant au salon Printor Lyon en février 2011.

Si Majorica figure dans le Top Ten des marques espagnoles les plus citées (classement 2010 du Foro de Marcas Renombradas Espanolas), sa notoriété est aussi intimement mêlée à l’île de Majorque où elle est née il y a 120 ans. Fabriquées aux Baléares dès l’origine selon une recette jalousement gardée secrète, ces perles d’imitation profitent de l’ambiguïté liée à leur provenance. À tort, le grand public les assimile parfois à des perles de culture. Mais, il n’y a jamais eu de fermes perlières à  Majorque… Simplement un site de production de 6000 m2 à Manacor, la deuxième ville de l’île après Palma. C’est cette usine, d’où sortent 5,5 millions de perles par an, qu’un groupe de journalistes professionnels a eu l’autorisation de visiter cet été. Créé dans les années 1970, le site n’est plus ouvert au grand public depuis que des marques concurrentes ont commencé à proposer des produits fortement inspirés des productions de Majorica et ont utilisé l’appellation « perle de Majorque ». Autre précaution : les 180 personnes qui travaillent sur le site de Manacor ne connaissent qu’une partie du cycle de fabrication afin de ne pas risquer de reconstituer la formule magique… Une recette mise au point en 1952 et jamais brevetée afin qu’elle ne tombe pas un jour dans le domaine public. Le brevet déposé à Paris en 1890 par Eduard Heusch – bijoutier et industriel allemand fondateur de la marque – porte uniquement sur une machine. En visitant l’île de Majorque, Eduard Heusch eut l’idée d’y implanter son atelier après avoir observé une tradition de verre soufflé (le verre constitue le noyau de la perle) et de broderie (technique proche de l’enfilage). Aujourd’hui encore, une partie de la production se fait à la main, notamment pour les perles baroques de grande taille, à la surface irrégulière, de plus en plus appréciées.

OPALINE ET FORMULE NACRÉE
Une perle Majorica imite les perles naturelles, dont elle possède le poids et la densité, grâce à un noyau de verre recouvert de 3 à 8 couches d’une formule nacrée. Fourni par un industriel qui travaille exclusivement par Majorica, le noyau est fait  l’opaline, un verre dense et laiteux. Majorica reçoit des tiges d’opaline qu’il faut d’abord tremper dans un liquide (dont la composition est secrète) avant fusion et création de billes. Ce noyau est ensuite baigné jusqu’à huit fois dans la formule nacrée, elle aussi secrète. Marc-Antoine Breuil, directeur général de la marque pour l’Espagne et l’export, a consenti à nous expliquer que « la formule est issue d’éléments organiques nacrés marins (coquillages et écailles de poissons), mélangés à d’autres substances, qui vont donner son iridescence naturelle et sa résistance à la perle Majorica ». Le reste est une question de savoir-faire, transmis de génération en génération. Le procédé prend environ une semaine car il faut compter 24 heures de séchage entre chaque couche, puis un polissage et la pose d’une dernière couche de protection contre les chocs et les agressions chimiques. C’est ce qui permet à Majorica de garantir ses perles pendant 10 ans. Le contrôle de qualité rejette pratiquement une perle sur deux et son noyau en opaline est ensuite recyclé. Ainsi, l’usine fabrique chaque année 11 millions d’unités, dont la moitié sont commercialisées. À l’époque où la production s’élevait jusqu’à 60 millions de perles, une collection de qualité inférieure était commercialisée sous la marque Indra. Désormais, Majorica se concentre sur 6000 références au lieu du double dans les années 1990 et ne transige pas avec la qualité de sa production. 

12 COULEURS, 12 DIAMÈTRES
Avec 12 couleurs (dont 5 nuances de blanc) et 12 diamètres (de 10 à 24 mm), le choix est suffisant pour composer des parures dans tous les styles. L’enfilage se fait toujours à la main et 1000 rangs de perles passent chaque jour entre des mains exclusivement féminines. Les messieurs s’attellent à d’autres tâches, notamment à la fabrication et au montage des parties métalliques des bijoux : argent rhodié, argent plaqué ou or 14 carats. Des matières naturelles (pierres ou cuir) agrémentent aussi les créations les plus récentes d’une collection renouvelée quatre fois par an. 

REDÉPLOIEMENT INTERNATIONAL
Autrefois, Majorica fournissait les perles aux bijoutiers, qui réalisaient eux-mêmes le montage. Désormais, la marque capitalise sur son nom et revendique des ambassadrices de prestige, notamment aux États-Unis: Hillary Clinton, Oprah Winfrey ou Nancy Pelosi. Le siège social est installé au centre de Barcelone, sur la célèbre avenue Paseo de Gracia, à proximité des édifices signés Gaudi. La société dispose de filiales en Espagne et aux États-Unis, avec également une présence dans une trentaine de pays à travers des distributeurs et agents. Des changements d’actionnaires et de stratégie avaient entraîné la fermeture en 2001 des filiales française et britannique. L’arrivée de nouveaux actionnaires en 2005 a d’abord permis le développement des marchés nord-américain et russe, avant une offensive à l’international depuis le début de l’année 2010 et notamment un retour sur le marché français. Ce redéploiement s’est d’abord traduit par une présence sur le salon Éclat de Mode en septembre dernier à la Porte de Versailles et par la réservation d’un stand pour Printor Lyon en février prochain, afin d’aller à la rencontre des bijoutiers. Parce qu’il est français, Marc-Antoine Breuil ne peut manquer cette chance offerte à la marque de retrouver dans l’Hexagone la faveur d’un public qui n’a jamais oublié les perles Majorica, généralement transmises de mère en fille comme un trésor. 

Carine Loeillet

www.orionmagazine.fr
Posté le : 28-01-2011

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