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Le bijou entre transcendance et suprématisme !

tableau de malevitch ! le bijou entre transcendance et suprématisme !
  1. Photo 1 : Tableau de Malevitch !
  2. Photo 2 : Le bijou entre transcendance et suprématisme !
Les bijoux et la pratique de la joaillerie en générale, entretiennent une relation complexe à la sphère de l’art. L’art et plus particulièrement l’art plastique et le design influencent par leurs courants la joaillerie, la bijouterie, l’orfèvrerie et l’horlogerie. Le mouvement allemand « Bauhaus » des années 20, influença prodigieusement de grands fabricants de chronographes Suisse. La maison cartier ne renie pas l’influence de créations de Dali sur l’esthétisme de certaines de ses pièces. L’ensemble des surréalistes français, mais aussi les futuristes italiens, eurent une influence sur de nombreux grands bijoutiers. De la même manière, les artistes contemporains de la « Nouvelle réalité » comme Tinguely ou Niki de Saint Phale, ont inspiré des créateurs de la haute joaillerie. Pourtant l’univers du bijou ne fait pas corps avec celui de l’art plastique. 

Ces univers communiquent entre eux, mais ne s’interpénètrent pas, malgré de nombreuses tentatives d’artistes, de galeristes et d’agents pour briser les frontières. Pourquoi ? Peut-être parce que l’art du bijou correspond à une pratique sociale qui est étrangère à l’art plastique. 

Aujourd’hui de nombreux créateurs de bijoux parlent de leurs productions comme des sculptures à porter sur le corps… Dans cette formulation se cache une vérité sur la fonctionnalité des bijoux. Un bijou exposé dans une vitrine n’existe pas pleinement, pas encore! A l’inverse d’un tableau ou d’une sculpture, un bijou ne peut vivre sur un mur ou sur un socle. Il n’existe vraiment qu’au contact du corps de celui, ou celle, qui s’en pare et s’en empare ! En cela réside l’essentiel du clivage qui existe entre œuvre d’art et bijoux. Le bijou pour s’exprimer pleinement en tant qu’œuvre a besoin d’être posé sur la peau d’un être humain ! L’objet d’art, bijou, n’existe que dans cette rencontre. Le bijou et le corps humain, seulement par leur union, forment l’objet d’art pensé par son créateur. Sans cette union l’un et l’autre ne sont que chair humaine et objet précieux. 

Le bijou permet à celle ou celui qui le porte d’être objet d’art. Le bijou en cela révèle sa nature principielle magique. Son esthétisme est totalement tourné vers cette rencontre et la métamorphose dans laquelle il va entrer avec celle ou celui qui le portera. Un bijou est un mécanisme de charmes et de lumières qui transmutent le temps en une émotion qui se répand de la personne qui le porte à tous ceux qui l’approchent. Plus qu’un objet porteur de transcendance, le bijou, dans sa fonction la plus noble, correspond à ce que le peintre et théoricien de l’art, Kasimir Malevitch, appelait le suprématisme. 

Tous les bijoux n’atteignent pas la même efficacité dans cette fonctionnalité « magique », mais tous portent en eux ce désir et cette même volonté. De même tous les êtres qui portent des bijoux n’offrent pas la même capacité de résonnance aux énergies subtiles conférées au bijou par le génie de ses créateurs. Mais tout bijou et tout être qui en porte ressent la réalité du processus. 

Les grands joailliers de ce monde disposent de l’art qui permet d’intensifier la résonnance entre le bijou et celui qui le portera. Ces maîtres artisans font véritablement preuve d’excellence lorsqu’ils insèrent dans leur création des éléments qui provoqueront un trouble si concret qu’il agira sur la conscience de ceux qui les portent. Un trouble positif qui invite à la contemplation, à la réflexion ou à la méditation, grâce à des motifs, des couleurs, des dispositifs qui cristallise un sentiment de merveilleux. On peut alors parler de bijoux exceptionnels. 

Il en va ainsi du Collier "Belle de la Nuit" créé par Shaun Leane pour le 150e anniversaire de Boucheron. Cette pièce s'inspire de la mystérieuse Comtesse de Castiglione, amante de Napoléon III, qui vécut place Vendôme, juste au-dessus de la maison Boucheron. Comme cette belle qui ne vivait que la nuit, le collier dissimule sa beauté. Son véritable éclat ne se révèle que dans la nuit la plus sombre. Evocant irrésistiblement cette idée que de l’obscurité provient la lumière… Un collier composé en or noirci et serti d'un saphir poire lilas. Il est aussi pavé de saphirs, de diamants blancs et bruns et de rubis. Le saphir central est détachable pour être porté séparément. Chaque fleur s'ouvre manuellement et se ferme grâce à un mécanisme dissimulé sur la tige. 

Un autre de ces bijoux à supplément d’âme est sans aucun doute Le collier "Zip", Van Cleef & Arpels. Créé en 1940 pour la duchesse de Windsor, ce bijou est techniquement un véritable petit prodige. Il se porte soit ouvert en collier, soit fermé, la partie arrière étant détachable, le Zip peut se refermer et se porter alors en bracelet. 

Dans la même lignée on pourrait évoquer le Collier "Précieuse Rose" de Dior Joaillerie. Créé par Victoire de Castellane en hommage à la fleur mythique inspiratrice des alchimistes ! 

De même l’on pourrait citer la collection de Pendentifs "King Cobra" De Beers. Des bijoux inspirés par cette légende qui évoque l'existence d'une vallée mystérieuse dont le sol est jonchée de diamants... Une vallée peuplée de titanesques cobras et de phoenix. 

Bien d’autres encore pourraient intégrer une merveilleuse liste et chacun d’entre eux mériteraient bien des commentaires, comme le sont les plus grands tableaux de l’histoire de l’art ! Un catalogue qui reste à produire… Une collection à réunir pour un exposition de bijoux angéliques dignes de la langue des oiseaux !

Bruno PoinFou
bruno.fou@free.fr

2010-06-30 12:53:10


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